Gagner (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XII e siècle, gaaigner. Issu du francique *waidanjan, « se procurer de la nourriture, faire paître le bétail ».

I. Obtenir un gain, un profit, un avantage.
1. Acquérir une certaine somme d'argent par son travail, son initiative. Gagner tant par jour, par mois. Combien gagne-t-il ? Il gagne beaucoup d'argent. Il a gagné des millions grâce à ce brevet, sur cette vente. Une si forte somme ne se gagne pas en un jour. Loc. Bien , mériter, en particulier mériter un salaire, une récompense. Il gagne bien l'argent qu'on lui donne. On dit, dans un sens contraire, De l'argent vite gagné, mal gagné, qui n'est pas le fruit d'un travail régulier ou honnête. Fig. Prendre un repos bien gagné, qui succède à de durs efforts, à une vie de labeur. Iron. On l'a remis à sa place, il l'avait bien gagné. Expr. et loc. Gagner de l'or ou, fam., gros, des mille et des cents, faire de larges profits, de gros bénéfices. Manque à , occasion qu'on laisse échapper de faire un profit ; par méton., gain, bénéfice qu'on escomptait et qu'on n'a pu réaliser. Par méton. Gagner sa vie, se procurer par son travail l'argent nécessaire à ses besoins. Il gagne largement sa vie. Gagner son pain. Ellipt. Gagner à la Bourse, en Bourse. Gagner au change, voir . Absolt. Réaliser des bénéfices. Je gagne, je ne gagne pas sur ce marché.
2. Recueillir un gain, entrer en possession d'un bien par l'effet des circonstances, du hasard, de la chance. Gagner de l'argent aux courses, au jeu, à la loterie. Il a gagné cinq mille francs à la roulette. Gagner un lot, le gros lot. Ellipt. Gagner à la tombola, aux cartes. À tous les coups, l'on gagne, formule par laquelle les loteries foraines cherchent à attirer les chalands. Par méton. Cette carte, ce numéro, ce billet gagne tant, gagne le gros lot.
3. Obtenir quelque chose d'honorable ou d'avantageux. Il a gagné ses galons au feu. Il a gagné la gloire par cet exploit. Elle y a gagné de devenir célèbre. Qu'y ez-vous ? Il ne a rien à refuser. Vous avez tout à à ce choix, à faire ce choix. Il a tout perdu en voulant trop . Plaisamment. Il n'y a dans cette aventure que des coups à . Expr. Gagner le ciel, son ciel, accomplir des œuvres bonnes, suivre les préceptes de l'Évangile, en vue d'obtenir la vie éternelle. C'est toujours cela de gagné (fam.), se dit lorsque, dans une affaire risquée, on obtient un succès partiel. Gagner sur tous les tableaux, tirer d'une situation tous les avantages, tous les bénéfices possibles. Gagner du temps, parvenir à faire quelque chose en moins de temps qu'on ne l'aurait fait par un autre moyen. Ce raccourci vous fera du temps, vous fera une heure. Signifie également différer, repousser l'accomplissement de quelque chose, dans l'espoir de tirer avantage du délai obtenu. L'important dans ce procès est de du temps. Il fit mille objections pour du temps. Gagner à, y , trouver avantage à. Il a à s'associer à vous, à cette association. Vous iez à ce que cette affaire ne s'ébruite pas. Cette toile gagne à être vue à la lumière du jour. Ce vin a à vieillir. Ce garçon gagne à être connu, plus on le connaît, plus on l'estime. Ce livre a été remanié, il y gagne.
4. Acquérir une qualité ; progresser dans un domaine donné. Gagner de la force, de la résistance. À votre contact, il a gagné de l'esprit, du jugement. Intranst. Il a beaucoup gagné en assurance. Absolt. Ce jeune homme a gagné depuis notre première rencontre.
5. Se concilier, se rendre favorable ; disposer en sa faveur. Gagner la confiance, l'estime de quelqu'un. Il a su notre affection. Gagner des suffrages, des voix. Son amitié ne se gagne pas facilement. L'enthousiasme gagna l'auditoire. Sa bonté lui gagnait tous les cœurs. Gagner les bonnes grâces de quelqu'un. Gagner une personne à son opinion, à son parti, la rallier à son opinion, à son parti. Il faut cet homme-là à notre cause. Spécialt. Se concilier par des promesses, des offres d'argent ; circonvenir. Gagner des témoins. Le geôlier se laissa .

II. Conquérir l'avantage dans un affrontement, une compétition.
1. Faire tourner à son avantage ; l'emporter dans une lutte, un combat, etc. Gagner un procès. Gagner sa cause. Avoir cause gagnée, être assuré d'obtenir un jugement favorable. Gagner une bataille, la bataille. Gagner la guerre. Gagner une position, un bastion, l'emporter en défaisant l'adversaire. Expr. vieillie. Avoir ville gagnée, être sûr de sa victoire. . . Gagner une partie d'échecs, un tournoi de tennis. Gagner une épreuve, un championnat. Gagner aux points un combat de boxe. La partie était gagnée d'avance. Avoir partie gagnée, se dit du concurrent dont la victoire semble assurée dès le début de la rencontre. Gagner un pari, l'emporter. Par ext. Gagner le prix, la coupe. Gagner un titre de champion. Intranst. Gagner à la course, aux échecs. Ce cheval a gagné de plusieurs longueurs. Absolt. Qui a gagné ? Expr. Jouer à qui perd gagne, en convenant que celui qui perdra remportera l'enjeu ; se dit familièrement lorsqu'un désavantage apparent procure un avantage réel. Fig. et vieilli. J'ai gagné sur lui qu'il ajournerait sa décision, j'ai obtenu cela de lui. Tâchez de cela sur vous. J'ai gagné sur moi de n'y plus penser. Spécialt. Gagner du terrain sur une personne, prendre de l'avance sur elle dans une course, une poursuite et, fig., progresser par rapport à elle. L'ennemi a gagné du terrain sur nos troupes. S'emploie souvent avec un seul des deux compléments. Les poursuivants gagnent du terrain. Ces idées gagnent du terrain. Cette entreprise gagne du terrain. La mer gagne sur la côte ou, absolt., la mer gagne. Se dit aussi parfois de l'augmentation ou de la diminution du coefficient de la marée. La marée gagne, la marée perd.
2. Vaincre un adversaire, prendre l'avantage sur lui. Gagner quelqu'un au jeu, à la course (vieilli), l'emporter sur quelqu'un. Gagner une personne de vitesse, aller plus vite qu'elle, la devancer et, fig., la prévenir, faire avant elle une visite, une démarche, etc. Gagner l'ennemi de vitesse. Son rival l'a gagné de vitesse. Un cheval qui gagne son cavalier à la main, qui, en s'appuyant sur le mors, cherche à dépasser l'allure voulue par le cavalier.


Intranst. Gagner au vent, progresser contre le vent, remonter au plus près du vent.

III. Se diriger vers quelque endroit, et y parvenir. Vous devez les abris en cas d'alarme. On l'arrêta avant qu'il eût gagné la frontière. Le navire gagna la haute mer, le large. Il nous fallut trois heures pour à pied le refuge. Expr. Gagner les champs, le taillis, le large (fam.), s'enfuir. Gagner le maquis, s'y réfugier, s'y cacher. Gagner la porte, la sortie, se diriger vers la porte, vers la sortie et, par ext., s'échapper en hâte. En parlant de ce qui se propage, s'étend par degrés. Le feu gagnait déjà la maison voisine. L'eau a gagné le second étage. La contagion gagna plusieurs quartiers. Vieilli. La varicelle se gagne facilement, est très contagieuse. Absolt. L'incendie, l'inondation gagne. La gangrène a gagné. Fig. L'insurrection, la grève gagne tout le pays. Ces idées gagnent toute la population ou, absolt., gagnent parmi la population. Se dit de certaines sensations, de certains sentiments. La faim, le sommeil commençait à nous . Le froid l'avait déjà gagné. L'ennui gagna l'auditoire. Être gagné par l'émotion, par les larmes.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Acquérir par son travail, par son initiative ou par l'effet des circonstances, du hasard. "Un bon ouvrier peut tant par jour. Une si forte somme ne se gagne pas en un jour. Il a gagné gros dans cette affaire." On l'emploie souvent absolument. "Je ne gagne pas sur ce marché. C'est un métier où l'on gagne bien." Par analogie, "Gagner sa vie, Gagner de quoi vivre. Il gagne largement sa vie. Il a bien de la peine à sa vie. Gagner sa vie à donner des leçons, à faire des copies, à promener des étrangers." On dit, dans le même sens, "Gagner son pain à la sueur de son front."
Fig. et fam., "N'est pas marchand qui toujours gagne." On doit s'attendre à des contrariétés et à des vicissitudes dans les affaires de la vie.
Il se dit aussi en parlant du Gain que l'on fait au jeu, aux loteries ou dans un tirage financier. "Il a gagné deux cents francs à l'écarté. Gagner à la loterie. Gagner le gros lot."
Par extension, "Telle carte gagne" signifie Celui qui a cette carte gagne. "Tel billet, tel numéro gagne," Il est échu un lot à tel billet, à tel numéro.
"Gagner quelqu'un," Lui son argent au jeu. "Cet homme-là me gagne toujours. Je n'ai jamais pu le ." Il est familier.
"Jouer à qui perd gagne," Jouer à un jeu où l'on convient que celui qui perdra selon les règles ordinaires a la partie. Cela se dit, figurément et familièrement, lorsqu'un désavantage apparent procure un avantage réel.
Il signifie encore Obtenir, remporter quelque chose que l'on désire. "Il a gagné le prix. Vous ne ez rien à lui tenir ce langage. Je n'ai pu le décider : voyez si vous y pourrez quelque chose. Vous vous tourmentez inutilement pour cette affaire, vous n'y ez rien." Ironiquement, dans le sens de Ce qui est contraire à un avantage, "Je me souviendrai de ce voyage, j'y ai gagné un bon rhume. Il n'y a que des coups à ."
Il signifie particulièrement Remporter un avantage dans une lutte ou un débat quelconque; et alors le complément direct indique l'espèce de lutte ou de débat. "Gagner une bataille, la bataille. Gagner sa cause. Gagner son procès. Gagner une gageure, un pari. Gagner la partie."
Par extension, "Gagner son procès" signifie Avoir gain de cause, même quand il ne s'agit pas d'une affaire portée devant les juges.
Fig. et fam., "Donner gagné" se dit d'une Personne qui reconnaît que son adversaire l'emporte, qu'il a gagné. "Je vous donne gagné." On dit dans un sens analogue "Donner cause gagnée. Avoir cause gagnée." On dit aussi "Donner ville gagnée. Avoir ville gagnée."
Il se joint quelquefois avec la préposition SUR, pour marquer sur qui l'on remporte l'avantage. "Il a gagné le prix sur un tel."
Fig., "Gagner quelque chose sur quelqu'un, sur l'esprit de quelqu'un." Lui persuader quelque chose, en obtenir quelque chose. On dit de même "Tâchez de cela sur vous," Faites cet effort sur vous, faites-vous violence en cela, obtenez cela de vous. "J'ai gagné sur moi de n'y plus penser. J'ai gagné sur lui qu'il ne la reverrait pas."
"Gagner du temps," Faire quelque chose en moins de temps que par un autre moyen. "En prenant l'avion au lieu du train, vous gagnez du temps. Gagner du temps" signifie ainsi Différer quelque chose le plus longtemps possible, parce qu'on y voit un avantage. "L'important en cette affaire est de du temps. Il fit mille chicanes pour du temps."
"Gagner bien" ou "Bien " signifie aussi figurément Mériter. "Il l'a bien gagné. Il gagne bien l'argent qu'on lui donne. Il gagne bien son argent."
"Gagner le ciel, le paradis," Mériter d'aller dans le ciel, d'aller en paradis.
"Gagner le jubilé, les indulgences," Mériter les grâces qui y sont attachées.
Il se dit aussi en parlant des Avantages, des qualités qu'une personne ou qu'une chose acquiert. "Le langage perdit en naïveté ce qu'il gagnait en élégance et en finesse. L'art ne gagne rien à ces innovations bizarres." Absolument, "Ce jeune homme a gagné depuis que je ne l'ai vu. Cette femme gagne à être vue aux lumières. Cette statue gagne à être vue de ce côté. Cette pièce de théâtre gagne beaucoup à la lecture. Ce vin a gagné à vieillir."
"Il gagne à être connu." Plus on le connaît, plus on l'estime. Dans le sens contraire, "Il ne gagne pas à être connu."
Fig., "Gagner du terrain," S'avancer, faire des progrès, se rapprocher du but.
"Gagner quelqu'un de vitesse," Arriver avant lui, parce qu'on est allé plus vite. "Gagner l'ennemi de vitesse." On dit, en des sens analogues "Hâtons-nous de rentrer, la nuit nous gagne. Gagner quelqu'un de vitesse" signifie aussi figurément Le prévenir, faire avant lui une visite, une démarche. "J'aurais souhaité obtenir cet emploi, mais il m'a gagné de vitesse."
Fam., "Gagner du chemin. Gagner du pays." On dit aussi "Gagner chemin, pays," Avancer, faire du chemin, ou s'évader, s'éloigner, quitter un endroit. "Il est tard, gagnons chemin. Gagnons pays. Le maraudeur surpris gagna pays." Il est vieux.
En termes de Marine, "Gagner le vent, le dessus du vent," Prendre le dessus du vent.
Fig. et fam., "Gagner le dessus." Prendre l'avantage, avoir l'avantage, surmonter. On dit plutôt aujourd'hui "Prendre le dessus."
Il signifie encore, figurément, Se concilier, se rendre favorable. "Gagner le coeur de quelqu'un. Sa bonté lui gagne tous les coeurs. Ce ton de franchise me gagna. Gagner l'amitié, l'affection, la bienveillance, la confiance. Gagner les bonnes grâces de quelqu'un. Gagner les suffrages, les voix. Il faut cet homme-là, à quelque prix que ce soit, et l'avoir pour nous. Gagner le geôlier. Gagner les témoins. Gagner quelqu'un à force d'argent. Se laisser ," Céder à des promesses, à de l'argent.
Il signifie aussi Se diriger vers quelque endroit, et y arriver, y parvenir. "Gagner le rivage. Gagner la haute mer, le large. Il faut la grande route pour arriver à ce village. Il avait déjà gagné la frontière, lorsqu'on l'arrêta." On dit, dans un sens analogue, "Gagner l'heure," Occuper le temps qui vous sépare d'une heure fixée d'avance. "Il est allé se promener pour l'heure du déjeuner."
Fam. et fig., "Gagner au pied, les champs, le taillis; le large," S'enfuir.
Fam., "Gagner la porte," Se diriger vers la porte pour sortir. Il se dit surtout dans le sens de S'échapper.
Fig., "Ce cheval gagne à la main." Il précipite l'allure où l'on voudrait le maintenir. "Cet employé vous gagne à la main," Il prend des libertés, de l'indépendance.
Il se dit encore tant transitivement qu'intransitivement des Choses qui font du progrès, qui s'étendent, se propagent. "Le feu gagnait déjà la maison voisine. Le feu a gagné jusqu'au toit. L'eau a gagné le second étage, jusqu'au second étage. La gangrène a gagné rapidement. La contagion gagna plusieurs quartiers de la ville. Ces idées gagnèrent la jeunesse, gagnèrent parmi le peuple."
Il se dit quelquefois des Besoins, des maux qui se font sentir par degrés. "La faim me" "gagne. Le sommeil commençait à me . Le froid m'avait déjà gagné."
En parlant des Maladies, il signifie Se communiquer, se propager. "La rougeole se gagne facilement La scarlatine se gagne." Figurément et par extension, en parlant de Certains sentiments, "Sa tristesse me gagne. L'ennui se gagne."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Terme de chasse, dans lequel seul le sens étymologique est resté. Paître, en parlant des animaux de chasse. à la tombée du jour, le lapin sort du bois et vient .

 2   Tirer un profit en général, par une extension du profit particulier que fournissent les pâturages et l'agriculture.
LA FONT.: « J'ai vu dans le palais une robe mal mise Gagner gros.... »
LA FONT.: « ....Or çà, sire Grégoire, Que gagnez-vous par an ? »
RAYNAL: « Il faut bien que l'homme vive de ce qu'on lui donne, quand il ne peut pas vivre de ce qu'il gagne »
P. L. COUR.: « On voit, dans nos campagnes, des gens qui, ne gagnant rien, dépensent gros, étrangers, inconnus »
    Absolument.
SCARRON: « Je suis pauvre, ajouta-t-elle ; et c'est à moi beaucoup perdre que de ne pas »
LA FONT.: « On hasarde de perdre en voulant trop »
FÉN.: « Prenez garde que l'avarice gagne peu, et qu'elle se déshonore beaucoup »
RAYNAL: « Gagnez le plus que vous pourrez, surtout n'ayez pas deux prix »
SÉGUR: « On se rappelait que, dans une pareille position, Pierre 1er, en sacrifiant dix Russes contre un Suédois, avait cru non-seulement ne faire qu'une perte égale, mais même à ce terrible marché »
    Gagner de l'argent, devenir possesseur de sommes d'argent par un travail, par des entreprises, etc.
    Assurer par le travail. Gagner sa vie en travaillant à la terre.
    Absolument. Gagner sa vie, de quoi vivre en travaillant.
FÉN.: « Pour sa vie sans avoir besoin de personne »
VOLT.: « Mon métier est de tuer et d'être tué pour ma vie »
    On dit de même son pain à la sueur de son corps, à la sueur de son front.

 3   Acquérir, au jeu, la possession de quelque chose. Gagner cent louis. Gagner à la loterie. Gagner un lot
    Fig.
BOSSUET: « Gagner son âme, par opposition à la perdre Le Fils de l'homme viendra pour rendre à chacun selon ses oeuvres ; ce qui montre que son intention est qu'on veuille son âme, en sorte que le salut nous est proposé comme un motif qui nous presse à ce nécessaire renoncement [du monde] »
    Gagner les cartes, faire une ou plusieurs levées de plus que son adversaire.
    Gagner quelqu'un, avoir l'avantage sur lui dans les parties de jeu. J. J.
DIDEROT: « Rousseau, qui me gagnait toujours aux échecs, me refusait un avantage qui rendît la partie égale »
    Absolument.
NICOLE: « On prend plaisir à à toutes sortes de jeux, même sans avarice, et l'on n'aime point à perdre »
DIDEROT: « S'il est rare de trouver un homme qui sache perdre, combien il est plus rare d'en trouver un qui sache ! »
    Jouer à qui perd gagne, convenir que le gain de la partie sera pour celui qui la perdra.
LEROUX: « On disait autrefois : jouer au coquimbert où qui gagne perd »
    Fig. Jouer à qui perd gagne, se dit lorsqu'un désavantage apparent procure un avantage réel.
    Telle carte gagne, signifie que celui qui a cette carte gagne ce qu'on a mis dessus.
    Aux loteries, tel billet, tel numéro gagne, un lot est échu à tel billet, à tel numéro.
    Terme de jeu de paume. Au dernier la balle la gagne, il faut, pour la chasse, mettre la balle au dernier, c'est-à-dire au plus près du fond du jeu.

 4   Il se dit des avantages que l'on remporte. Gagner le prix de la lutte, de la course.
    Il se construit quelquefois avec la préposition sur. Il a gagné le prix sur un tel.
    On dit dans un sens analogue, une femme, l'obtenir pour le prix de quelque action.
CORN.: « Rodrigue t'a gagnée et tu dois être à lui »
CORN.: « Et si pour me il faut trahir ton maître »
CORN.: « Pour Rodogune il faut venger un père »
    Gagner une bataille, battre l'ennemi.
CORN.: « Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles.... »
CORN.: « S'ils renversent des murs, s'ils gagnent des batailles.... »
SÉGUR: « Ce combat, quoique peu décisif, préservait le grand-duché ; il réduisait sur ce point les Russes à se défendre, et donnait à l'empereur le temps de une bataille »
    Gagner un procès, avoir en sa faveur la sentence du juge.
D'ALEMB.: « Vous avez su que les Calas ont pleinement gagné leur procès ; c'est à vous qu'ils en ont l'obligation »
    On dit de même sa cause.
    Absolument.
CORN.: « J'ai donc enfin gagné, Didyme, et tu le vois, L'arrêt est prononcé, c'est moi dont on fait choix »
    Gagner une gageure, un pari, avoir l'avantage dans une gageure, dans un pari.
    Gagner la partie une partie, avoir l'avantage dans une partie de jeu.
    Absolument. C'est lui qui a gagné.
    Dans les courses, ce cheval a gagné d'une longueur, de deux longueurs, c'est-à-dire il est arrivé avant celui qui le suivait d'une fois, deux fois la longueur de son corps.

 5   Fig. Mériter. Il gagne bien l'argent qu'on lui donne, il gagne bien son argent.
    On leur a bien fait leur avoine, se dit des chevaux et fig. des hommes, quand on les a bien fait travailler.
    Ironiquement. Il l'a bien gagné, c'est-à-dire il ne lui arrive que ce qu'il mérite, en parlant d'une déconvenue, d'un affront, de quelque perte ou disgrâce.
    Gagner le ciel, le paradis, le mériter par ses oeuvres.
    Gagner le jubilé, les indulgences, mériter les grâces qui y sont attachées.
    Gagner les oeuvres de miséricorde, les récompenses promises par Dieu aux oeuvres de miséricorde. Servir les malades, c'est les oeuvres de miséricorde.

 6   Obtenir quelque chose en qualité d'avantage.
CORN.: « Et ce grand nom de Cid que tu viens de »
CORN.: « [Un fils] Qui fait triompher Rome et lui gagne un empire »
CORN.: « Vous pouvez déjà voir comme elle m'appréhende, Combien en me perdant elle espère »
LA FONT.: « L'avarice perd tout en voulant tout »
BOSSUET: « Alors l'Espagne perdit [par le mariage de Marie-Thérèse] ce que nous gagnions ; maintenant [par la mort] nous perdons tous les uns et les autres »
FÉN.: « Ne sera-t-on fidèle et religieux pour les serments que quand on n'aura rien à en violant sa foi ? »
    Familièrement. Il n'y a rien à , rien de bon à , se dit d'affaires qui ne promettent rien d'avantageux, de bon.
    Gagner du temps, temps, s'arranger de manière que le temps soit ménagé, que la chose soit différée, renvoyée à un meilleur moment.
CORN.: « Je voulais temps pour ménager ta vie »
FLÉCHIER: « Il craignait l'événement d'un combat, et voulait à tout hasard du temps »
DANCOURT: « Commençons par écarter le provincial et gagnons du temps »

 7   Terme d'horticulture. Gagner une fleur ou un fruit, obtenir par le semis une variété nouvelle. Gagner un oeillet, une fraise.
    Terme de manége. Gagner l'épaule d'un cheval, corriger par le secours de l'art quelque défaut dans cette partie.

 8   Il se dit des avantages, des qualités qu'une personne ou qu'une chose acquiert. Le langage perdit en naïveté ce qu'il gagnait en finesse.
MAINTENON: « Mme de Villette a fait un voyage utile ; elle a gagné de l'embonpoint, elle a vu ses enfants »

 9   En un sens opposé, prendre quelque mal, tomber en quelque inconvénient. Il n'y a que des coups à . Gagner un rhume, une pleurésie.
PATRU: « S'engager dans un procès où il n'y a que de la honte et de l'infamie à »
VOLT.: « La Bourdonnaie fut quatre ans à la Bastille ; et, quand il fut déclaré innocent, il mourut du scorbut qu'il avait gagné dans ce beau château »
RAYNAL: « Les fièvres putrides et intermittentes, inconnues dans les pays dont on vient de parler, ici sont habituelles ; on les y gagne si aisément que les voyageurs craindraient d'approcher les lieux qui en sont infectés »
    Gagner du mal, contracter une maladie honteuse.

 10   Obtenir quelque chose de quelqu'un.
CORN.: « Et soudain sa colère a trahi son amour Avec tant de transport et tant de violence, Que je n'ai pu un moment d'audience »
RAC.: « ....Et je ne puis , dans son perfide coeur, D'autre rang que celui de son persécuteur »
HAMILT.: « En cas qu'il ne pût rien auprès de la petite Saint-Germain »
    Nous ne ons rien avec lui, nous ne viendrons pas à bout de le faire changer de résolution, de conduite, de langage, etc.
FÉN.: « Caron, je te conjure de le passer le plus vite que tu pourras ; car nous ne ons rien avec lui Gagner quelque chose sur l'esprit de quelqu'un, lui persuader une chose. »
BOILEAU: « Il ne a rien sur ce juge irrité »
ROLLIN: « Elle ne gagna rien sur l'esprit de ces barbares »
    On dit de même : tâchez de cela sur vous, faites un effort sur vous, obtenez cela de vous.

 11   Acquérir, en parlant des coeurs, des esprits, des sentiments. Gagner les suffrages.
CORN.: « Après avoir pour nous employé ce grand homme, Qui nous gagna soudain toutes les voix de Rome »
CORN.: « Un regard désarmé de toutes ses rigueurs Et tel qu'il est enfin quand il gagne les coeurs »
CORN.: « Il faut envoyer par avance Tes bonnes oeuvres devant toi, Qui de ton juge et de ton roi Puissent te la clémence »
CORN.: « De toute votre Espagne il a gagné l'estime »
MOL.: « Mais vous ne vous rebutez point, et, pied à pied, vous gagnez mes résolutions »
MOL.: « Son maintien honnête et sa douceur m'ont gagné l'âme »
BOSSUET: « N'allait-elle pas tous les coeurs, c'est-à-dire la seule chose qu'ont à ceux à qui la naissance et la fortune semblent tout donner ? »
FLÉCH.: « L'un forçant des villes par sa valeur, l'autre gagnant des coeurs par son adresse »
RAC.: « Dois-je irriter les coeurs, au lieu de les ? »
RAC.: « Songeons plutôt, songeons à sa tendresse »
VOLT.: « Mais les coeurs opprimés ne sont jamais soumis ; J'en ai gagné plus d'un, je n'ai forcé personne »
MASSON: « Mon père, vos discours gagnent ma confiance ; D'une entière franchise ils m'imposent la loi »
    Terme de manége. Gagner la volonté d'un cheval, triompher, par la patience et par la douceur, de la résistance de l'animal.

 12   Se rendre favorable.
MOL.: « Mais, charmante Mariane, commençons, je vous prie, par votre mère »
MOL.: « Je vois trop que son coeur s'obstine à dédaigner Tous ces profonds respects qui pensent la »
BOSSUET: « Ils surent Luther par leurs soumissions ; on avait tout de Bucer par des équivoques ; les zwingliens se laissaient flatter aux expressions générales des frères »
BOSSUET: « Il sut à l'Église le nouvel empereur »
BOSSUET: « La bonté.... devait être le premier attrait que nous aurions en nous-mêmes pour les autres hommes »
BOSSUET: « Elle avait gagné un maire de Londres, dont le crédit était grand, et plusieurs autres chefs de la faction ; presque tous ceux qui lui parlaient se rendaient à elle »
BOSSUET: « Elle va [en Hollande] pour engager les États dans les intérêts du roi, lui des officiers, lui amener des munitions »
RAC.: « Que ne fait point un coeur Pour plaire à ce qu'il aime et son vainqueur ? »
RAC.: « On peut bien le vaincre et non pas le »
FÉN.: « Tous les soldats sont gagnés par ses largesses »
ROLLIN: « Bien instruit des moyens par lesquels un vieillard peut être gagné, il n'y eut point de caresses qu'il ne lui fît, point de marques d'estime et d'amitié qu'il ne lui donnât »
ID.: « Les Romains n'ignoraient pas les mesures que prenait Persée pour les peuples et les voles de la Grèce »
VOLT.: « Leur âpre austérité que rien ne peut »
    Se laisser , permettre à sa volonté de céder.
CORN.: « Qu'à cet éclat du trône il se laisse »
MOL.: « Je me laissais aux soupirs qu'il perdait »
BOSSUET: « Les uns se laissaient par des jeux »

 13   En mauvaise part, corrompre par des dons ou autrement. Il avait gagné le geôlier. Gagner quelqu'un à force d'argent.

 14   S'emparer, se rendre maître. L'ennemi gagna la contrescarpe. Gagner du terrain. Gagner le fort de l'épée.
    Par extension.
BUFF.: « La mer doit avec le temps du terrain vers l'occident et en laisser vers l'orient »
    Terme d'escrime. Gagner la mesure, se donner un avantage par un coulement d'épée et un mouvement en avant.
    Familièrement. Gagner du chemin, du pays, chemin, pays, avancer, poursuivre sa route.
SCARR.: « Je dis à monseigneur mon père Tout ce que m'avait dit ma mère, Et qu'il fallait pays »
MARIVAUX: « Des conseils ! ah ! le triste équipage pour pays »
    Fig. Gagner du pays, faire des progrès, réussir.
BOSSUET: « Ils [les sociniens] gagnent sensiblement du pays parmi vous [protestants], puisque déjà on leur accorde des élus cachés dans leur société et même la tolérance pour leurs dogmes principaux »
    Dans les courses, la corde ou le cordeau, devancer les autres et s'approcher le plus près de la corde.

 15   Se diriger vers un endroit, y parvenir (le terrain, le chemin étant considéré comme quelque chose que l'on gagne).
CORN.: « Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les câbles »
MAIR.: « Elle gagne la tour d'un pas précipité »
SACI: « Ils allèrent le chemin du désert »
ROLLIN: « Pour ces défilés avant que l'ennemi s'en pût saisir, on trouva à propos de partir de nuit »
VOLT.: « Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin »
J. J. ROUSS.: « Après le dîner nous gagnâmes l'ombre sous de grands arbres »
D'ALEMB.: « Sans courir absolument la poste vers l'autre monde, j'en gagne tout doucement le chemin »
    Gagner le temps, l'heure, parvenir au temps requis, à l'heure voulue.
    Familièrement. Gagner la porte, se diriger vers la porte pour s'enfuir.
CORN.: « Le père épouvanté gagne aussitôt la porte »
BOILEAU: « J'ai gagné doucement la porte sans rien dire »
PONS: « Mais de sa canne enfin il te bourrait Et tu gagnas, sans mot dire, la porte »
    Familièrement. Gagner le large, au pied, la guérite, au haut, le haut, les champs, le taillis, c'est-à-dire s'enfuir, s'esquiver.
SCARRON: « ....C'est son valet qu'il nomme, Celui qui devant nous vient de au pied »
SCARRON: « Et puis comme devant les chiens Gagne au pied le timide lièvre »
LA FONT.: « Le galant aussitôt Tire ses grègues, gagne au haut, Mal content de son stratagème »
MOL.: « ....Tant pis ; J'en serai moins léger à le taillis »
TH. CORN.: « Gagnons au pied, si vous m'en voulez croire »

 16   Terme de marine. Gagner le vent, le dessus du vent, s mettre, à l'égard d'un autre vaisseau, entre lui et le côté d'où le vent souffle.
    Gagner au vent, s'approcher du point de l'horizon d'où le vent paraît souffler.
    Fig. Gagner le dessus, l'emporter, avoir l'avantage.
BOSSUET: « Ces raisons, qui flattent nos sens, ont aisément le dessus »

 17   Atteindre, rejoindre, ou même dépasser. Il allait vite ; pourtant, forçant le pas, je le gagnai. Gagner l'ennemi.
    Gagner quelqu'un de vitesse, arriver avant lui, parce qu'on a cheminé plus vite.
    Fig. Gagner quelqu'un de vitesse, le prévenir. Je voulais avoir ce poste, mais il m'a gagné de vitesse. On dit dans le même sens de la main.
    Gagner de vitesse, disent les grammairiens du XVIIe siècle, pour signifier prévenir quelqu'un par un redoublement de diligence, est une expression peu exacte qui n'a pas laissé de s'introduire dans l'usage.
    Gagner le devant, ou les devants, partir avant quelqu'un, le dépasser en allant plus vite.

 18   Se propager, s'étendre, faire des progrès. Le feu gagnait la maison voisine. De la jambe, la gangrène a gagné la cuisse.
MASS.: « Vous périssez, les ondes vous gagnent »
ROLLIN: « La contagion fit un bien plus grand ravage dans Athènes, on n'en avait jamais vu de semblable ; on dit qu'elle avait commencé en Éthiopie, d'où elle descendit en Égypte, et de là gagna la Libye et une grande partie de la Perse »
J. J. ROUSS.: « Mes maux me gagnent et m'éloignent chaque jour davantage de la société »
DIDEROT: « La corruption avait gagné toutes les parties de l'administration publique »
GENLIS: « Cette folie te gagne, je t'en avertis, prends-y garde »
    La faim, le froid me gagne, s'empare de moi peu à peu.
MARIVAUX: « Vos tristesses sont si contagieuses qu'elles ont gagné jusqu'à votre valet, on l'entend qui soupire »
BÉRANG.: « Grâce aux beaux esprits de notre âge, L'ennui nous gagne assez souvent »
    Absolument.
DIDEROT: « Le désordre s'est établi dans votre maison ; il a gagné de toute part »
BEAUMARCH.: « Pourquoi non ? la rage de sauter peut , voyez les moutons de Panurge »
    La nuit nous gagne, elle s'approche.
    L'heure, le temps nous gagne, il ne nous reste plus que bien peu de temps.
HAMILT.: « Elle paraissait fort affairée, l'heure commençait à la »
J. J. ROUSS.: « Le temps me gagne, les espions m'obsèdent, je suis forcé de faire à la hâte et mal un travail qui demanderait le loisir et la tranquillité qui me manque »
    Terme de manége. Votre cheval vous gagne, il vous emporte, vous n'en êtes plus le maître. On dit aussi qu'un cheval gagne à la main quand, s'animant, il va plus vite que le cavalier ne le veut.

 19   V. n. Gagner, devenir meilleur. Ces boeufs ont bien gagné dans les pacages. Mes blés ont bien gagné depuis que le temps doux est venu.
D'ALEMBERT: « Je suis persuadé, sire, que ce voyage serait très avantageux pour M. Bitaubé, que son poëme y ait beaucoup »

 20   Avoir un profit, un avantage.
SÉV.: « Il n'y a que Pauline qui gagne à votre mal de tête »
VOLT.: « Nous rions du mot de diable, nous respectons celui de furie ; voilà ce que c'est que d'avoir le mérite de l'antiquité ; il n'y a pas jusqu'à l'enfer qui n'y gagne »

 21   Avancer en crédit, en considération.
LA FONT.: « Donc Bertrand [le singe] ait près de certains esprits »
LA BRUY.: « Il y a des gens qui gagnent à être extraordinaires »
J. J. ROUSS.: « Vous aviez gagné chez les paysans, vous perdez parmi les beaux esprits »
    Paraître meilleur.
D'ALEMB.: « A tout prendre, je crois que l'ouvrage gagne à la lecture »
    Il gagne à être connu, c'est-à-dire plus on le connaît, plus on l'estime, plus on l'aime, plus on apprécie son mérite.
DESTOUCHES: « Mon fils gagne toujours à se faire connaître »
    En un sens contraire. Il ne gagne pas à être connu.

 22   Gagner sur, obtenir que.
CORN.: « J'avais gagné sur lui qu'il aimerait la vie »
CORN.: « Il vient de me quitter assez triste et confus ; Mais j'ai gagné sur lui qu'il ne me verra plus »
MOL.: « Et qu'il n'est repentir ni suprême puissance Qui gagnât sur mon coeur d'oublier cette offense »
PASC.: « Elle se contente d'avoir gagné sur eux qu'ils admettent le nom »
PASC.: « Quand on a pu une fois sur soi de n'y penser plus du tout »
    L'emporter.
CORN.: « Pourvu que votre amour gagne sur vos douleurs »
BUFF.: « Ce fut un bonheur pour la Hollande que le vent du sud gagna sur celui qui lui était opposé ; car la mer était si enflée que les eaux étaient de dix-huit pieds plus hautes que les terres les plus élevées de la province, à la réserve des dunes »

 23   Gagner sur quelqu'un, aller plus vite, s'en rapprocher en marchant et pendant qu'il marche.
HAMILT.: « Le chevalier voyait qu'on gagnait sur lui »

 24   S'étendre, se propager. L'incendie gagnait de tous côtés. Le christianisme gagna rapidement parmi les gentils.
BOSSUET: « Dans l'accord fait avec Calvin en 1554, on voit que le calvinisme commençait à ; la justice imputative paraît »
MASS.: « Aussi la contagion n'a-t-elle pas gagné »

 25   Se , v. réfl. Être acquis à titre de profit. Une si forte somme ne se gagne pas en un jour.

 26   Être obtenu, conquis, en parlant du coeur, de l'affection, etc.
ROLLIN: « C'est la volonté qu'il faut , et elle se gagne par la douceur, l'amitié, la persuasion, et surtout par l'attrait du plaisir »

 27   Se vaincre, se surmonter.
MASS.: « Il y a mille choses que le prédicateur foudroie tous les jours en chaire et sur lesquelles je ne saurais me »

 28   Être contracté, en parlant de la maladie. Cette fièvre se gagne dans les marais.
    Particulièrement. Être contracté par contagion. La coqueluche se gagne.
SÉV.: « Ne soyez point en peine de lui ni de moi ; son mal ne se gagne point à causer et à lire »
    Fig.
J. J. ROUSS.: « À moins, ajouta-t-elle, qu'elle ne veuille partager le mien [lit] ; qu'en dis-tu, cousine ? mon malheur ne se gagne point »

PROVERBES
    Du dérober au restituer, on gagne trente pour cent, c'est-à-dire on ne restitue jamais tout.
    Il n'est pas marchand qui toujours gagne, c'est-à-dire tous les marchands sont exposés à perdre ; et fig. on doit s'attendre à des contrariétés dans les affaires de la vie.
    Qui bien gagne et bien dépense n'a que faire de bourse pour serrer son argent.

REMARQUE
    Corneille a dit dans la 1re édition du cid des combats : Le prince à mes côtés ait des combats, Cid, I, 3. Cela fut critiqué par scudéry et par l'Académie ; ce qui décida Corneille à changer le vers. Voltaire (qui lui-même a employé cette locution : Le duc de Vendôme commandait en Catalogne, où il gagna un combat et où il prit Barcelone, Louis XIV, 17) remarque qu'il n'y a aucune raison pour ne pas dire des combats comme des batailles. Le fait est que, grammaticalement, rien ne s'y oppose ; seulement l'un est moins usité que l'autre.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Sax. XVI: En pais [nous] tenons nos terres, ses [si les] faisons gaaignier [cultiver]
BENOÎT: « La terre est morte e eissillie, N'est arée ne gaaignée »
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Là en ot assés de mors et de pris, et li pors de Constantinoble i fu gaaigniés »
VILLEH.: « Ceste gent ne puent plus paier, et quanques il nous paient, nous l'avons tout gaaignié, pour la convenance qu'il ne nous tienent mie »
     Berte, LX: Cil gaigna [eut] deus enfans en la serve haïe
     Ren. v. 20864: Tex [tel] cuide gaaigner qui pert, Et autre emborse le gaaing
BEAUMANOIR: « Li fevres en a à gaaigner son pain, et si pourroit estre damaces au commun »
BEAUMANOIR: « Et s'il gaigne le [la] querele, que il r'ait les levées »
DU CANGE: « Se tu veus labourer en terre, Vergile dois lire et enquerre ; Chil [celui-là] te sara bien enseignier Ques [quelles] terres tu dois gaaignier »
JOINV.: « Pour la renommée qui estoit grant en Cypre de la bataille qui devoit estre, passerent de nos gens serjans en Hermenie pour gaaingnier et pour estre en la bataille »
ALEBRANT: « Et li dormirs me gaaigne »
    XIVème siècle
     Guesclin. 5539: Vostre souldoier sommes, et vostre argent gaignons
     ib. 20371: Les banieres roiaux [ils] vont sur les murs poser ; Ville gaignie ! vont criant et hault et cler
     Ordonn. des rois, t. III, p. 139: Nous avons ordonné, ordonnons et voulons qu'il soit ainsi publiquement crié que chascun, de quelque estat qu'il soit, puisse prendre, gaingner et piller sur les ennemis du royaume
     ms. de St-Germain, f° 95, dans LACURNE: Au garder a plus grant sens Que au gaaigner a dit l'en, Ovide, de l'art d'aimer
    XVème siècle
FROISS.: « Quand cette grosse ville, qui Guerrande estoit appelée, fut ainsi gagnée, robée et exilliée, ils ne sçurent plus avant ou aller pour [piller] »
ID.: « Là eut en celle journée grant enchas et dur et maint homme renversé ; et toutes fois les bien montés le ent, et se sauverent le sire de Fiennes, le sire de Cresaques.... »
     Gloss. sur les coust. de Beauv. dans LACURNE: Choses gaingniées, si sont qui ne sont appropriées à nul homme et qui sont trouvées, que nul ne demande ne ne reclame
     Perceforest, t. I, f° 122: Gaigner avant le coup [prendre d'avance]
CH. D'ORL.: « Au derrain, je doy, sans mentir, Gaaingnier le jeu entierement »
BASSELIN: « Se vous tirez autant que moi, Bientost, ainsi comme je croi, Gaignerons le rivage »
COMM.: « Et que s'il en avoit eu affaire, qu'il [le roi d'Angleterre] le gaigneroit [l'obtiendrait] des siens »
    XVIème siècle
J. MAROT: « Pas n'est marchant celluy qui tousjours gaigne »
RAB.: « Voyans la proye guaigner à tyre d'esle, ilz estoyent bien marryz »
MONT.: « Gaigner un advantage sur l'ennemy »
MONT.: « Gaigner une battaille contre.... »
MONT.: « Gaigner du temps »
MONT.: « Il gaigne sa vie à se faire voir »
MONT.: « C'est un excellent moyen de gaigner le coeur et la volonté d'aultruy »
MONT.: « L'institution a gaignié cela sur moi »
MONT.: « Gaignons sur nous de pouvoir vivre seuls »
MONT.: « Il est besoing de parler ainsin aux juges qu'on veult gaigner »
AMYOT: « Minutius, faisant de l'audacieux, alloit gaignant la bonne grace des soudards par.... »
AMYOT: « Or y avoit il entre les deux camps une motte non gueres malaisée à gaigner »
AMYOT: « Ce mal là se coula peu à peu, et gaigna secrettement sans estre de longtemps cogneu à Rome »
     Coust. génér. t. II, p. 479: Le mari qui survit la femme gaingne la moitié de la dote [a un droit acquis à cette moitié]
BÈZE: « Les chefs n'eurent meilleur expedient que bien tost après au pied, laissant leur honneur en gage, et se doutans bien que leur vie y pendoit »
DE LABORDE: « L'on nous monstre icy volontiers les canons gaignez sur nous, et ne pouvons moins que de leur monstrer l'espée de Thalbot [M. de Boissize, ambassadeur en Angleterre, à M. de Villeroy] »
BOUCHET: « Un monsieur vouloit faire mourir un homme sans information ; et, quand le juge lui disoit : Hé monsieur, il n'a pas gaigné à estre pendu, il lui respondoit : S'il ne l'a pas gaigné à cette fois, il le gaignera bien une autre »
DESPORTES: « ....Enfin tout gaigné [pénétré] de noire poison, Après le sens troublé s'egara la raison »
COTGRAVE: « Assez gaigne qui malheur perd »
COTGRAVE: « Tel change qui ne gaigne pas »
COTGRAVE: « Marchand qui ne gaigne perd »
COTGRAVE: « Jamais ne gaigne qui plaide à son seigneur ou qui precede à son maistre »

ÉTYMOLOGIE
    Wall. wagni ; Berry, gaingné ; prov. gazanhar, gazagnar, guazanhar, gaaniar ; anc. cat. guadagnar ; cat. mod. guanyar ; ital. guadagnare ; du germanique : anc. haut-allem. weidanjan, faire paître, weida, pâturage. Toutes les formes sont trisyllabes ; le sens de paître, qui ne figure pas dans l'historique de gaaigner, figure dans gagnage. La langue d'oïl, du sens rural de paître, a passé au sens rural de labourer ; puis le profit fait par la culture a désigné toute sorte de profits, le , ce qui est le seul sens resté aujourd'hui en usage. Bèze, au XVIe siècle, a gaigner ; mais il ajoute que ceux qui parlent plus purement disent . L'espagnol dit ganar, de deux syllabes ; mais ce ganar est le bas-latin ganare, acquérir, dont on ignore l'origine.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE GAGNER.

 15   Ajoutez :
    Gagner pays, s'enfuir.
SÉV.: « La comtesse de Soissons gagne pays et fait fort bien ; il n'est rien tel que de mettre son crime ou son innocence au grand air »

 29   Se soi-même, être le propre objet de son gain.
BOSSUET: « La belle conquête, mon cher frère, que de se soi-même pour se donner à Dieu tout entier »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Faire un gain, tirer un profit. "Un bon ouvrier peut tant par jour. Il a gagné cent mille francs sur sa charge. Une si forte somme ne se gagne pas en un jour." On l'emploie souvent absolument. "Il a beaucoup gagné dans le commerce, dans cette entreprise. Je ne gagne point sur ce marché."
"Gagner sa vie à filer, à chanter, etc.," Gagner de quoi vivre en filant, en chantant, etc.
Absol., "Gagner sa vie," Gagner de quoi vivre en travaillant. "Il gagne bien sa vie. Ce pauvre homme a bien de la peine à sa vie." On dit dans le même sens, "Gagner son pain à la sueur de son corps, à la sueur de son front."
Prov. et fig., "N'est pas marchand qui toujours gagne," On doit s'attendre à des contrariétés, à des vicissitudes, dans les affaires de la vie.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi en parlant Du gain que l'on fait au jeu ou aux loteries. "Il a gagné deux cents francs à l'écarté. Gagner à la loterie. Gagner un extrait, un ambe, etc. Gagner un lot."
"Gagner quelqu'un," Lui son argent au jeu. "Cet homme-là me gagne toujours. Je n'ai jamais pu le . Il gagne tout le monde."
"Jouer à qui perd gagne," Jouer à un jeu où l'on convient que celui qui perdra selon les règles ordinaires, a la partie. Cela se dit, figurément et familièrement, Lorsqu'un désavantage apparent procure un avantage réel.
Au Jeu de la paume, "Au dernier la balle la gagne," Pour la chasse, il faut mettre la balle au dernier, ou plus près du fond du jeu.
À certains Jeux, "Telle carte gagne," signifie que Celui qui a cette carte gagne ce qu'on y a mis.
Aux Loteries, "Tel billet, tel numéro gagne," Il est échu un lot à tel billet, à tel numéro.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Obtenir, remporter quelque chose que l'on désire. "Il a gagné le prix de la course, de la lutte. Vous ne ez rien à lui parler de cela. Je n'ai pu lui persuader cela, voyez si vous y pourrez quelque chose. Vous vous tourmentez inutilement pour cette affaire, vous n'y ez rien."
Il se dit, particulièrement, De l'avantage que l'on remporte dans une lutte ou un débat quelconque; et alors le régime indique l'espèce de lutte ou de débat. "Gagner une bataille, la bataille. Gagner sa cause. Gagner son procès. Gagner une gageure, un pari. Gagner la partie."
Il se joint quelquefois avec la préposition "Sur," pour marquer sur qui l'on remporte l'avantage. "Il a gagné le prix sur un tel."
"Gagner quelque chose sur quelqu'un, sur l'esprit de quelqu'un," Lui persuader quelque chose, en obtenir quelque chose. "Je n'ai jamais pu cela sur lui." On dit de même, "Tâchez de cela sur vous," Faites cet effort sur vous, faites-vous violence en cela, obtenez cela de vous.
"Gagner temps, du temps," Ménager le temps, employer le temps pour avancer ou pour différer. "Écrivez par ce courrier pour temps. Il fit mille chicanes pour temps, pour du temps."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi figurément, Mériter. "Il l'a bien gagné. Il gagne bien l'argent qu'on lui donne. Il gagne bien son argent. Si je faisais cela pour cette somme, je la ais bien."
Ironiq., "Il l'a bien gagné," se dit De quelqu'un qui s'est exposé volontairement à un affront, à une déconvenue, etc. "Il n'a pas à se plaindre, il l'a bien gagné."
"Gagner le ciel, le paradis," Mériter d'aller dans le ciel, d'aller en paradis.
"Gagner le jubilé, les indulgences," Mériter les grâces qui y sont attachées.
"Gagner les oeuvres de miséricorde," Faire des oeuvres de charité, les récompenses que Dieu a promises. "Servir les malades, visiter les prisonniers, c'est les oeuvres de miséricorde."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore figurément, Acquérir, en parlant Des coeurs, des esprits, etc. "Gagner le coeur de quelqu'un. Il m'a gagné le coeur. Gagner le coeur des peuples. Sa bonté lui gagne tous les esprits. Ce ton de franchise me gagna. Gagner l'amitié, l'affection, la bienveillance de quelqu'un. Gagner les bonnes grâces du prince. Gagner les suffrages, les voix."
Il signifie également, Attirer quelqu'un à son parti, se le rendre favorable. "Il faut cet homme-là, à quelque prix que ce soit, et l'avoir pour nous."
Il se prend souvent en mauvaise part, dans le sens de Corrompre. "Il avait gagné le geôlier. Il avait gagné les juges, les témoins, les gardes. Gagner quelqu'un à force d'argent."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi en parlant Des avantages, des qualités qu'une personne ou qu'une chose acquiert. "Ce jeune homme gagne en modestie, ce qu'il perd en vivacité. Le langage perdit en naïveté ce qu'il gagnait en élégance et en finesse. L'art ne gagne rien à ces innovations bizarres." On l'emploie souvent absolument. "Ce jeune homme a beaucoup gagné depuis que je ne l'ai vu. Cette femme gagne à être vue aux flambeaux. Cette statue gagne à être vue de ce côté. Cette pièce de théâtre gagne beaucoup à la représentation."
"Il gagne beaucoup à être connu," Plus on le connaît, plus on l'estime. On dit dans le sens contraire, "Il ne gagne pas à être connu."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie en outre, Prendre quelque mal, tomber dans un inconvénient. "Je dois bien me souvenir de ce voyage-là, j'y ai gagné un bon rhume. J'y gagnai une pleurésie. C'est un mal qui se gagne facilement. Il n'y a que des coups à ."
"Gagner du mal," Prendre quelque maladie honteuse.



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie quelquefois, S'emparer, se rendre maître. "Gagner la contrescarpe. Gagner la demi-lune, le bastion, etc. Gagner du terrain. Gagner le fort de l'épée."
Fam., "Gagner chemin, pays," Avancer, faire du chemin. "Il est tard, gagnons chemin. Gagnons pays." On dit aussi, "Gagner du chemin, du pays."
En termes de Marine, "Gagner le vent, le dessus du vent," Prendre le dessus du vent.
Fig. et fam., "Gagner le dessus," Prendre l'avantage, avoir l'avantage, surmonter.



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Se diriger vers quelque endroit, et y arriver, y parvenir. "Gagner le rivage. Gagner la haute mer, le large. Gagner le gîte. Gagner le logis. Il faut le grand chemin pour arriver à ce village. Il avait déjà gagné la frontière, lorsqu'on l'arrêta." On dit dans un sens analogue: "Gagner le temps. Gagner l'heure. Etc."
Prov. et fig., "Gagner au pied; la guérite, le haut; les champs, le taillis; le large," S'enfuir.
Fam., "Gagner la porte," Se diriger vers la porte pour s'enfuir.
"Gagner le devant, les devants," Partir avant quelqu'un, le dépasser en allant plus vite. "Gagnons le devant, les devants, pour arriver plus tôt qu'eux."
"Gagner quelqu'un de vitesse," Arriver avant lui, parce qu'on est allé plus vite. "Gagner l'ennemi, un vaisseau, etc.," Le joindre, l'atteindre, ou même le dépasser. On dit, en des sens analogues: "La nuit nous gagne. Hâtons-nous, le temps nous gagne."
Fig., "Gagner quelqu'un de vitesse," Le prévenir. "Je voulais avoir cette place, mais il m'a gagné de vitesse." On a dit aussi, dans le même sens, "Gagner de la main."



10ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit encore, tant activement que neutralement, Des choses qui font du progrès, qui s'étendent, se propagent. "Le feu gagnait déjà la maison voisine. Le feu a gagné jusqu'au toit. L'eau a gagné le second étage, jusqu'au second étage. La gangrène a gagné le dedans, au dedans. La contagion gagna plusieurs quartiers de la ville. La contagion gagna rapidement, gagna jusqu'à telle province. Ces doctrines gagnèrent les hautes classes, gagnèrent parmi le peuple."
Il se dit quelquefois Des besoins, des maux qui se font sentir par degrés. "La faim me gagne. Le sommeil commençait à me . Le froid m'avait déjà gagné."
En termes de Manége, "Gagner l'épaule d'un cheval," Corriger par le secours de l'art quelque défaut dans cette partie. "Gagner la volonté d'un cheval," Triompher, par la patience et par la douceur, de la résistance de l'animal. "Votre cheval vous gagne," Vous n'en êtes plus le maître.




Emplacement dans le dictionnaire :

gageur
gageure
gagiste
gagnable
gagnage
gagnant
gagné
gagne-pain
gagne-petit

gagneur
gai
gaïac
gaïacol
gaiement
gaiement ou gaîment
gaieté
gaiete
gaillard
gaillardement
gaillardise




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...dans ta maison, tu prodiguais ta vue ; a quiconque voulait ta main était tendue, ta main était tendue à qui ne voulait pas. Ainsi sur tes rivaux enfin tu l'emportas. Oui, tu te déguisais pour gagner le suffrage des chefs et des soldats ; mais cet homme soumis s'est montré tout à coup avec son vrai visage ; il a fermé sa porte à ses anciens amis. Plus tard, lorsque le ciel, à nos desseins...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...changement laissé par son passage dans mon éducation. Quant à ces graves questions d'avenir que je voulais tant traiter avec lui, je les reculais toujours, effrayé d'aborder ces sujets, préférant gagner du temps, ne pas prendre de décision encore et prolonger pour ainsi dire mon enfance. Cela ne pressait pas, du reste, puisqu'il était pour des années avec nous... ... et un beau matin, quand on...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...à mon frère que je voulais me confier d'abord, pensant qu'il commencerait, lui aussi, par s'opposer à mon projet de toutes ses forces, mais qu'il finirait par prendre mon parti et m'aiderait à gagner ma cause. Donc, après le dîner de midi, à la rage ardente du soleil, j'emportai dans le jardin de mon oncle du papier et une plume, -et là, je m'enfermai pour écrire cette lettre. (cela entrait dans...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...acte grave de ma vie, qui allait se passer sous leurs yeux. Pour m'installer à écrire, j'hésitai entre deux ou trois places, toutes brûlantes, avec très peu d'ombre. -c'était encore une manière de gagner du temps, de retarder cette lettre qui, avec mes idées d'alors, rendrait pour moi la décision irrévocable, une fois qu'elle serait ainsi déclarée. Sur la terre sèche, il y avait déjà des pampres...


Citation n°5 de René BOYLESVE (La Leçon d'amour dans un parc)

...vous le savez bien, et elle était partagée entre l'appréhension des risques que comportait l'escapade et le plaisir de voir et toucher de près l'objet qui méritait une si romanesque entreprise. Pour gagner l'entrée du labyrinthe, arrivé aux degrés menant aux bas jardins ou, si vous aimez mieux, au pied du grand vase de marbre portant en bas-relief une bacchanale satyrique, on tournait brusquement...


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